Le monde réformé touché par les abus Spécial

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  • Le nombre d’abus pourrait être plus important qu’envisagé dans le monde réformé. Le nombre d’abus pourrait être plus important qu’envisagé dans le monde réformé.

    Alors que l’Eglise évangélique en Allemagne vient d’évaluer à 9355 le nombre de victimes d’abus en son sein depuis 1946, l’Eglise évangélique réformée de Suisse a annoncé le 28 janvier le lancement prochain d’une étude. Car elle n’est pas préservée.

    «Ce n’est pas aux personnes concernées, mais à nous, en tant qu’institution, de dénoncer les injustices et les abus»: la présidente du Conseil de l’Eglise évangélique en Allemagne, Kirsten Fehrs, s’est montrée combative, le 25 janvier, en présentant à Hanovre les résultats d’une enquête sur le sujet. Celle-ci estime que 9355 personnes ont été victimes d’abus – de contacts physiques non désirés à des viols répétés – depuis 1946. C’est dix fois plus qu’habituellement estimé, selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les abuseurs, dont un tiers de pasteurs, pasteures et vicaires, seraient 3500.

    Des mesures en Suisse

    Deux semaines avant les révélations allemandes, l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) réunissait les responsables des Eglises cantonales pour évoquer une possible enquête sur les abus. Celle-ci n’est pas encore lancée, commentait peu après Rita Famos, sa présidente, auprès de nos confrères de Protestinfo: «Nous sommes en train de voir si et comment il est possible, au sein de notre organisation fédéraliste, d’élaborer un état des lieux solide». Interrogée sur la possibilité de confier un tel travail à des professionnels externes à l’EERS, elle jugeait cette option préférable «non seulement car l’accès aux archives n’est pas aisé dans le monde réformé, ces dernières n’étant pas centralisées, mais également pour garantir l’indépendance de l’étude». La réunion du 12 janvier avait également pour but de donner des consignes en matière de communication et de renforcer les procédures de dénonciation, rapportait le média en ligne protestant.

    «L’accès aux archives n’est pas aisé dans le monde réformé.»

    «Il y a eu et il y a encore des victimes», souligne Yves Bourquin, président du Conseil synodal de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN). «L’Allemagne compte plus de cas qu’il n’y paraissait, cela pourrait se révéler semblable en Suisse», jauge-t-il. Conscient que l’Eglise «peut attirer des abuseurs, tant dans le cadre d’activités de jeunesse qu’avec des personnes fragilisées, au même titre qu’une association sportive, par exemple».

    Lui-même n’a pas connaissance d’abus survenus à Neuchâtel au cours des dix dernières années. Où l’Eglise a, comme 18 autres Eglises cantonales sur un total de 25, déjà pris des mesures en se dotant notamment d’un concept de prévention. «Nous avons mis en place des chartes; nous demandons un extrait de casier judiciaire aux responsables jeunesse, même aux bénévoles; nous faisons beaucoup de sensibilisation au respect de la personne et du corps et nous prenons des mesures pour ne pas favoriser les situations problématiques», énumère-t-il. «Nous faisons notre possible pour rendre les abus difficilement réalisables», résume le responsable. Conscient toutefois que les mesures ne peuvent garantir l’absence totale d’abus sexuels ou spirituels.

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    Un schéma universel

    «Les auteurs ne sont pas que des pasteurs, mais aussi, par exemple, des moniteurs de camps de vacances», relève Marie-Jo Aeby. La vice-présidente du groupe de soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (SAPEC) salue le fait que «l’EERS a évolué ces derniers mois» sur la question.

    Après la sortie de l’enquête zurichoise sur les abus au sein de l’Eglise catholique en septembre 2023 et la parution dans 24 Heures du témoignage d’une victime protestante jugeant que «l’Eglise réformée se croit au-dessus du lot», le groupe SAPEC a reçu une dizaine de témoignages d’abus sexuels – concernant aussi des Eglises évangéliques n’appartenant pas à l’EERS.

    Les récits montrent chez les réformés les mêmes profils d’abuseurs que chez les catholiques, indique Marie-Jo Aeby: des personnes d’une grande aura qui savent trouver les mots avec les jeunes et en profitent. Du côté réformé toutefois, les victimes seraient plutôt des jeunes filles et des jeunes femmes. La spécialiste cite en exemple le cas d’une femme victime d’un pasteur dans le canton de Berne il y a une trentaine d’années, alors qu’elle était adolescente: «Il était très charismatique et trouvait une fille qui lui plaisait dans chaque volée de jeunes se préparant à la confirmation». Une chose frappe encore celle qui a recueilli de nombreux témoignages: victimes de prêtres et de pasteurs vivent des situations similaires. «L’abuseur est quasiment dans la même position visà-vis de la personne abusée. Qu’il soit marié ne change pas grand-chose. Cela invite à revoir l’idée que c’est le célibat des prêtres qui explique le problème dans l’Eglise catholique, même s’il peut y contribuer», analyse-t-elle. Le contexte institutionnel reste toutefois différent. La cofondatrice du groupe SAPEC s’attend à dénombrer moins d’abus au sein de l’EERS que dans l’Eglise catholique «parce qu’il n’y a pas le même entre-soi qui favorise le secret et entretient le silence». Yves Bourquin abonde en son sens, mettant également en avant le fait que les abus de pouvoir et spirituels – qui précèdent les abus sexuels – sont compliqués par l’organisation de son Eglise, laquelle offre des contre-pouvoirs à même d’écarter des personnes dirigistes. «De plus, nous faisons avec nos ministres des bilans professionnels pour lesquels nous questionnons l’assemblée», signale le Neuchâtelois.

    Il se veut rassurant: «On peut avoir confiance en notre institution». Et insiste sur trois points: il y a des victimes, qui sont appelées à témoigner; des mesures ont déjà été prises; les Eglises ne veulent rien cacher. Le moyen d’offrir cette transparence reste à déterminer en étudiant d’abord les méthodes auxquelles ont recouru l’Eglise catholique en Suisse, l’Eglise évangélique en Allemagne et les deux Eglises en France.

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