Bannir la violence Spécial

Écrit par 
  • Publié dans Famille
  • Christine Bulliard-Marbach cherche depuis longtemps à interdire la violence éducative. Christine Bulliard-Marbach cherche depuis longtemps à interdire la violence éducative.

    Régulièrement tancée par l’ONU, la Suisse est sur le point d’interdire formellement la violence, aussi bien physique que psychologique, comme moyen d’éducation. Aider les milliers d’enfants qui en sont victimes passe par une modification du Code civil.

    28A EM10 Large«Mais pourquoi ça existe toujours, les violences?» Cette question, Christine Bulliard-Marbach l’a entendue lors d’une récente rencontre avec des enfants organisée par le Conseil suisse des activités de jeunesse. L’un d’eux a révélé que son frère avait été abusé par son entraîneur. Il est difficile de demander de l’aide, a ajouté un autre. «Il faut créer des cellules sûres où les enfants, et aussi les acteurs de l’éducation, puissent chercher de l’aide», avance la conseillère nationale fribourgeoise.

    La centriste s’est battue pendant des années pour que la Suisse interdise formellement la violence contre les enfants. A son initiative, le Parlement a demandé au Conseil fédéral d’y consacrer un article dans le Code civil en décembre 2022. L’avant-projet de texte présenté en fin d’année dernière établit que les parents ne peuvent pas «recourir à des châtiments corporels ni à d’autres formes de violence dégradantes».

    Des coups et des mots

    L’Université de Fribourg mène des études régulières sur le sujet sur mandat de la Protection de l’enfance Suisse. En 2017, l’équipe menée par Dominik Schöbi estimait que 130’000 enfants pourraient être concernés par une violence régulière. Sa dernière étude, publiée en octobre 2023, montrait que 15% des parents ont frappé leur enfant et que 12% lui ont tiré les cheveux.

    «La présence des comportements violents traditionnels comme les gifles et les fessées est plutôt stable ces dernières années», relève le professeur de psychologie. Le nombre de familles dans lesquels ils apparaissent régulièrement tend à diminuer. «Mais on constate un transfert vers les comportements violents psychiques», tempère le scientifique. Un tiers des parents interrogés reconnaissent avoir blessé leur enfant par des mots et 10% d’entre eux affirment régulièrement à leur enfant ne plus l’aimer en cas de comportement désagréable. «S’énerver ou crier dans une situation de conflit n’est pas nécessairement un comportement violent. Mais si cela se répète, cela provoque du stress chez l’enfant. On peut alors parler de violence», détermine Dominik Schöbi.

    «La violence est souvent le fait de parents surmenés ou dépassés. Mais ce n’est pas une excuse valable», lance Christine Bulliard-Marbach. L’élue est convaincue que la plupart des parents violents ne souhaitent pas faire de la violence un moyen d’éducation: «Je pense qu’ils sont prêts à changer de comportement». Le Conseil fédéral veut ainsi contraindre les cantons à mettre en place des «offices de consultation en cas de difficultés dans l’éducation». La Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales y est prête, et même à en faire davantage en termes de prévention.

    Envoyer un signal

    Celle-ci doit atteindre les deux parents, si l’on en croit l’analyse de l’Université de Fribourg. «Des études des années 1970 et 1980 montraient que le père est responsable des punitions corporelles. Selon nos données, il s’agit plutôt d’une culture familiale qui concerne les deux partenaires», indique Dominik Schöbi. Il est ainsi, pour Christine Bulliard-Marbach, d’autant plus important d’enrayer le cycle de la violence, les victimes pouvant reproduire ce schéma par la suite. La proscription des coups et des mots blessants par le Code civil doit envoyer un signal: «La violence ne disparaîtra pas, mais on voit dans d’autres pays que de telles mesures ont entraîné une diminution des comportements violents».

    Depuis novembre et la fin de la consultation sur l’avant-projet du Conseil fédéral, rien n’a bougé. «Je vais prendre rendez-vous avec Beat Jans», le nouveau conseiller fédéral en charge du dossier, décide la Fribourgeoise en s’engageant dans un couloir du Palais fédéral. «Il faut de l’endurance en politique, mais je suis convaincue de ce projet.» 

    Articles en relation


    Enfants tyrans

    Pour tenter de purger leurs émotions et leurs angoisses, certains enfants recourent à des crises explosives répétées. Prenant progressivement le pouvoir au sein de leur famille, ils peuvent se montrer violents avec leurs parents qui se sentent souvent impuissants face à un tel déferlement de rage.


    L’IA se fait une place à l’école

    La plupart des grandes écoles internationales établies en Suisse romande ont déjà mis en place un modus vivendi pour l’intelligence artificielle. Grâce à leur petite taille et leur agilité, elles peuvent implémenter de nouveaux usages plus rapidement que l’école publique.


    TV: Soif de transmettre

    Classe! plonge dans le quotidien d’Alexandra, Christine, Vitalie et Lucien qui sont enseignants à l’école primaire en Suisse romande. En pleine ville ou en rase campagne, leurs défis sont différents, mais tous les quatre sont passionnés et engagés.

    Se connecter

    A lire dans l'Echo de cette semaine

    Un bisou et une plante verte

    14-05-2024

    Un bisou et une plante verte

    Ce sont deux sparadraps pareils à celui dont ne peut se défaire le capitaine Haddock. L’AVS et les primes maladie sont des problèmes que l’on n’a jamais réglés et dont...

    Comment soigner les coûts de la santé?

    14-05-2024

    Comment soigner les coûts de la santé?

    Le 9 juin, les Suisses se prononceront sur deux initiatives cherchant à limiter la hausse des primes maladie. Des sparadraps insuffisants pour soigner un système de santé exsangue, selon deux...

    Inde: chrétiens et musulmans en danger

    14-05-2024

    Inde: chrétiens et musulmans en danger

    Les élections en Inde, qui se terminent le 1er juin, révèlent la puissance de l’extrémisme hindou. Les minorités religieuses craignent une nouvelle victoire de Narendra Modi et de son parti...

    7e Journée de la lecture

    14-05-2024

    7e Journée de la lecture

    Un moment de partage et un encouragement à lire: le 22 mai se tient la septième Journée de la lecture à voix haute, initiée par l’Institut suisse jeunesse et médias...

    Portrait de l’Echo: Romain Chesa

    14-05-2024

    Portrait de l’Echo: Romain Chesa

    Le Fribourgeois d’adoption Romain Chesa est un acteur du livre engagé en Suisse romande. A la tête du groupe Chiron Media, il a relancé Academic Press Fribourg et s’est associé...

    Enfants tyrans

    14-05-2024

    Enfants tyrans

    Pour tenter de purger leurs émotions et leurs angoisses, certains enfants recourent à des crises explosives répétées. Prenant progressivement le pouvoir au sein de leur famille, ils peuvent se montrer...

    Un engagement solennel

    14-05-2024

    Un engagement solennel

    Chaque année, les nouveaux membres de la Garde pontificale suisse prêtent serment à l’occasion de l’anniversaire du sac de Rome, le 6 mai. L’un des 34 gardes assermentés cette année...

    TV: l’impôt unitaire

    14-05-2024

    TV: l’impôt unitaire

    A la façon de Star Wars, Tax Wars, la bataille pour la justice fiscale nous plonge dans les coulisses d’un combat mondial contre l’évasion fiscale des multinationales pour que les...

    La plante du mois: Le souci

    15-05-2024

    La plante du mois: Le souci

    Plantes et vertus Est-ce que vous avez des soucis? Des vrais? Quelle chance, moi aussi! Mettons-nous à l’ouvrage pour les transformer! Le souci s’appelle de son vrai nom calendula. Il est...

     

    Essayez l'Echo sans compromis


    Recevez l'Echo à domicile GRATUITEMENT pendant 1 mois

    En savoir plus

     

    NEWSLETTER

    Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez nos contenus et promotions en exclusivité!

    Je déclare avoir pris connaissance de la politique de confidentialité 


    Echo Magazine © Tous droits réservés