La persévérance de Marc Rochat Spécial

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  • Marc Rochat en pleine action lors du slalom spécial de Wengen le 14 janvier. Marc Rochat en pleine action lors du slalom spécial de Wengen le 14 janvier.

    Après des saisons sans résultat, le slalomeur vaudois Marc Rochat s’est hissé, à 31 ans, parmi les meilleurs du monde. Il raconte une carrière hors norme qui a fait l’objet d’un film présenté récemment aux Journées de Soleure.

    La consécration après une longue galère. Le slalomeur vaudois Marc Rochat est un exemple de persévérance, d’obstination. Il n’a jamais baissé les bras malgré des saisons sans résultat ponctuées de blessures, de contre-performances et de jours sans. Il connaît en ce moment, à 31 ans, son plus bel hiver, tutoyant enfin ces sommets dont il rêvait. Il a terminé en janvier 6e du slalom de Wengen et 5e de celui d’Adelboden devant une foule record qui l’a littéralement porté. «Au pays, devant toute ma famille, c’était un moment extraordinaire», glisse-t-il entre deux courses.

    Cette consécration tardive, Marc Rochat en est d’autant plus fier qu’il revient de loin. «La vie d’un athlète de haut niveau c’est le travail d’une vie. J’ai pris du retard sur les autres, mais aujourd’hui je sais pourquoi je me suis battu. J’ai fait preuve de pas mal de résilience, je n’ai jamais lâché. J’ai toujours eu conscience de mes qualités même si beaucoup de gens n’y croyaient plus.» Luca Aerni, son coéquipier de l’équipe de slalom, champion du monde de combiné en 2017, est très content pour son copain Marc. Ils se connaissent depuis l’enfance. «Marc a trouvé le calme et la confiance en lui qui lui manquaient. Réussir à un tel niveau après tout ce qu’il a enduré, chapeau!» Un sentiment partagé par Daniel Yule, autre coéquipier, quatre fois vainqueur en Coupe du monde: «Marc a beaucoup bossé et il exprime enfin en course ce qu’il réussit depuis longtemps à l’entraînement».

    Un champion atypique

    Citadin au royaume des montagnards, benjamin d’une famille de la bourgeoisie lausannoise, Marc Rochat est un champion de ski atypique. A la tête d’un bureau d’avocats, Jean-Philippe Rochat, son père, est une figure connue du sport suisse, ancien vice-président de la Fédération suisse de ski et défenseur de la candidature de Sion aux JO de 2026. Lucien (43 ans), son frère aîné, dirige une banque privée. Alexandre (33 ans), juriste, est chef de projet dans une société financière milanaise.

    Marc a décroché un bachelor en économie parallèlement à sa carrière de skieur. Mais c’est sans doute Camilla, sa maman, qui lui a transmis cette force intérieure qui le caractérise. Alors que Marc était adolescent, elle a surmonté un cancer. Ce drame a marqué son fils à vie.

    «Ma maman a toujours gardé le sourire, elle a pris cela comme une expérience de vie; c’est elle qui nous remontait le moral, raconte le champion. J’ai pris une gifle en pleine figure. Ce fut une période majeure de ma vie durant laquelle j’ai côtoyé la mort. Alors, quand je fais une sortie de piste, je relativise en repensant à ce qu’a vécu maman, un sacré bout de femme, croyez-moi!» Skieurs eux aussi dans leur jeunesse, ses deux frères lui ont servi d’aiguillons. «Petit gars turbulent, je voulais faire mieux qu’eux. Aujourd’hui, mes frères sont aussi mes meilleurs amis.»

    Après avoir pratiqué aussi le géant, Marc Rochat se concentre depuis plusieurs saisons sur le slalom, discipline technique explosive consistant à enfiler des dizaines de portes très rapprochées à près de 70km/h. «A 98% de vos moyens, vous n’avez aucune chance, à 102%, c’est la sortie de piste assurée. Toujours à la limite, on est sur le fil du rasoir, à la recherche de la manche parfaite. Tout est question de millimètres.» Pour lui, au-delà du résultat, le plaisir reste essentiel: «Joueur de nature, j’arrêterai le jour où je ne m’amuserai plus».

    Une ambiance stimulante

    Longtemps maillon faible du ski suisse, l’équipe de slalom est aujourd’hui l’une des meilleures, voire la meilleure du monde, avec Daniel Yule, Ramon Zenhäusern, vainqueur lui aussi en Coupe du monde, Luca Aerni , Tanguy Nef et bien sûr Marc Rochat, en plein boom en ce moment. La super ambiance qui y règne constitue, selon lui, un atout essentiel.

    «Contrairement à un footballeur qui rentre chez lui après chaque entraînement, on mange et on dort ensemble. On est de la même génération et chez nous, il n’y a pas de tête d’affiche. On rit souvent, et cette complicité est pour beaucoup dans nos succès.» Mais n’y a-t-il pas un peu de jalousie quand l’un s’illustre plus que les autres? «Au contraire! On se dit alors qu’on en est aussi capable.»

    Daniel Yule confirme: «Même si on vit entre 150 et 200 jours par an ensemble, on se voit souvent en dehors». Dans l’équipe, Marc est surnommé Hollywood eu égard à son physique d’acteur et à son goût de la lumière. «Beau gosse, toujours bien sapé, il ne rechigne jamais à faire une séance photo. Plein d’humour, c’est aussi un chambreur. Mais on ne le rate pas en retour.»

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    Un documentaire pour tous

    Tourné par deux amis d’enfance, Nolan Büchi et Basil Schneeberger, un film consacré à la carrière du Vaudois a reçu récemment un accueil enthousiaste aux Journées de Soleure. «J’ai eu d’excellents retours, raconte Marc. On y voit nos difficultés au quotidien, nos moments sombres, ce qu’une carrière exige de courage et d’énergie, les sacrifices consentis sur les plans physique et mental. C’est un documentaire qui parle à tout le monde, pas seulement aux fans de ski.»

    Après avoir disputé ses premiers Mondiaux à Méribel l’an dernier, le Vaudois pourrait participer à ses premiers JO à Cortina d’Ampezzo en 2026. «Comme tout au long de ma carrière, je prends les choses comme elles viennent. Alors on verra bien. Je ne me prends pas la tête avec ça.»

    Un autre sport, le golf, lui permet de s’oxygéner l’esprit, de déstresser. «On peut y jouer aussi bien avec un gamin de 14 ans qu’avec une dame de 75 ans. Comme Daniel et Luca sont aussi des mordus, nous avons toujours nos clubs dans nos bagages. On a tapé des balles en Nouvelle-Zélande et en Argentine.» Comment le champion voit-il l’avenir? «Dans ce sport à risque, une blessure peut sonner la fin à tout moment. On n’a aucune date de péremption. Mais comme je connais le monde du ski de long en large, j’ai envie plus tard de découvrir d’autres horizons.»

    Bertrand Monnard

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